Bernard MUNTANER

« Maman, qu’y a-t-il au bout de la mer? ».
« Comment c’est après l’horizon? »
Mystère…
La mer, comme la terre, serait-elle toujours cette étendue plate aux bords de laquelle s’étendraient des limbes mystérieux?
Cet horizon qui accueillit à la Renaissance le point de « fuite » et la « projection « du regard de l’homme vers l’infini, est une rationalisation de l’espace perçu, un « réglage « de la représentation du monde.
À cette horizontale – droite permanente – Marc Chostakoff ajoute la perpendiculaire qui s’enfonce dans les profondeurs comme une proposition d’ouverture, une entrée au mystère, une invitation au fantasmatique via l’orthogonalité.
La mer, source de vie, comme toute création, retient sa part de secret, elle attire et nourrit les questionnements du savant et du poète. Le voyage est proposé, voyage au centre de la mer où les profondeurs du subconscient rejoignent ceux du subaquatique en une relation d’étrangeté où tout peut surgir du mortel au vivifiant..
Tout sort de la mer et tout y retourne, lieu de naissances, de transformations et de renaissances, on peut s’y noyer ou la franchir. Mais en y creusant un cube absent, un vide équarri, ne serait-ce pas aussi dire l’idée de se l’approprier, métaphoriquement de « prendre la mer » et ainsi, conjuguer et conjurer l’attirance et la peur qu’elle génère?
Dans cette photographie fascinante, qui nous immobilise et invite notre imaginaire à naviguer jusqu’au possible chavirement, s’illustre aussi l’attraction irrésistible de la magie des images.
Comme pour l’enchanteur Merlin (né de la mer), l’image virtuelle pour Marc Chostakoff n’aurait-elle donc pas de secret?

 

Bernard MUNTANER
éditeur


– catalogue de l’exposition : « Aqua Nostra » Fondation Regards De Provence Château Borély, Marseille, mai 1998